Fuir le Sudan à cause de la guerre civile

Je m’appelle Fathi Mursal et je suis un réfugié soudanais . Pendant plusieurs années , j’ai vu mon pays être le théâtre d’un nettoyage ethnique depuis que la guerre civile a éclaté en 2001 . Le gouvernement soudanais et la milice arabe (Janjawids) attaquaient la population civile de la région de Darfour et d’autres groupes ethniques. Durant cette sinistre période, ils participaient au massacre, à l’exécution de civils et incendiaient les villes et les villages.  Mon pays était mis à feu et à sang. 

Pas d’autre choix que de fuir 

J’étais sans arrêt pas d’être le témoin du meurtre de mes compatriotes au point  où je ne pouvais plus le supporter. Certaines personnes de ma tribu avaient été tuées et nos fermes détruites. Ayant atteint un point de non-retour, je décidais de fuir mon pays en 2009 et me lancer dans une quête pour un meilleur avenir. Lors de mon périple je me suis arrêté au Nigeria, Cameroun , pour finalement m’enregistrer au camp de réfugiés Krisan au Ghana . Bâti en 1996, Krisan est l’un des camps de réfugiés le plus diversifié au monde avec des personnes de plus de 14 différents pays. Malgré nos différences, nous caressions tous le même rêve : celui d’une vie meilleure . 

Coincer dans le camp de réfugiés

À l’époque, je ne savais pas que j’allais atterrir au Canada. Il y avait plus de 26 000 personnes de plus de 13 nationalités dans ce camp , certains d’entre eux y étaient depuis plus de huit ans alors que d’autres y étaient depuis plus de 23 ans. Dans le camp , il y avait aussi la deuxième et troisième générations d’enfants de réfugiés qui n’abandonnaient pas pour autant leur rêve. Ces enfants parcouraient de longues distances pour se rendre à l’école malgré le fait que que l’éducation offerte y soit de base, ce qui signifiait que cela limitait leur opportunité de trouver un travail décent. Néanmoins, ils persévéraient et leurs parents continuaient à aspirer à un meilleur futur pour leurs enfants. Dans ce camp de réfugiés, nous nous efforcions de survivre et aspirions à la même chose.   

J’y suis resté pendant trois ans et demi jusqu'à ce que je fus admis à l'hôpital. Je m’étais effondré plusieurs fois dans le camp et avais par conséquent été admis à l'hôpital. Le doctor m’informa que ma valve cardiaque était endommagée et cela nécessitait une opération immédiate. J’étais censé avoir une opération en amérique mais l’hôpital me conseilla de ne pas voyager. De ce fait, je finis par faire mon opération au Ghana même et un groupe a décidé de me parrainer pour me faire venir au Canada en 2013. 

Atterir au Canada 

Arriver au Canada a été un changement drastique pour moi, je n’avais jamais quitté mon pays avant la guerre. L’unique fois où j’avais vécu un choc culturel, c’était quand je vivais au Ghana. Cependant, vivre au Ghana ne m’avait pas autant déstabilisé car la culture est similaire à la mienne. Au pays, nous mangeons ensemble et nous visitons nos voisins - C’est la communauté avant tout . De plus, l’agriculture me manquait et rien de ce que je faisais dans mon pays d’origine ne s’appliquait au Canada. Il y avait tellement de choses que je devais désapprendre et tellement de nouvelles règles et nouveaux systèmes que je devais apprendre. Je devais m’habituer aux manières de faire les choses ici et m’acclimater à ce nouvel environnement . 

Le manque d’expérience canadienne

Le commencement était assez difficile, mon manque d’expérience canadienne était un obstacle majeur pour obtenir un emploi. Je multipliais les applications et les refus suivaient. Néanmoins, je ne baissais pas les bras bien que tout semblait être en ma défaveur. Du jour au lendemain, je me retrouvais à travailler à McDonalds. Les années passèrent et je passais d’un emploi à un autre : service à la clientèle, construction, services privés… Pour n'en citer que quelques-uns  ! 

Devenir Canadien 

Si je pouvais remonter le temps, je ne changerais rien de mon parcours, c’est ce qui m’a amené là où je suis aujourd’hui. Je dois avouer que mes parrains m’ont beaucoup soutenu quand je venais d'atterrir, ils m’ont rendu la vie facile. Je remercie spécialement le Dr. Martin Mark, Mirando Pinto, père Edwin Gonsalves, Fiona McGrachan, Annie Lyengar, Sheldon Iyengar, and Gonsavels qui m’ont trouvé un logement, m’ont aidé à trouver mes repères, et à aller à l’école. J’ai depuis obtenu mon diplôme d'études secondaires. 

Donner la chances aux réfugiés de faire leurs preuves

À tous les réfugiés qui viennent tout juste d’arriver, je voudrais vous encourager à trouver vos marques. Sortez des sentiers battus et devenez quelqu’un, soyez indépendents! La vie est difficile quand vous ne trouvez pas de travail. Si vous travaillez dur,  vous aurez ce que vous méritez. 

Et pour les gens qui pensent que les réfugiés sont un fardeau et tirent avantage du système, sachez que les réfugiés sont des gens comme vous et moi. La seule différence, c’est qu’ils ont dû fuir la guerre ou des conditions de vie difficiles.