Des Cours d’Anglais, langue seconde (ALS) pour développer la sensibilité culturelle

Après avoir passé 40 ans à enseigner l’anglais langue seconde (ALS), Renia Tyminski  a décidé de modifier la façon dont l’ASL est enseigné en collaborant avec la Syrian Canadian Foundation pour créer Cultural Connectors - un programme qui s’adresse aux réfugiés qui composent avec le traumatisme, le trouble de stress post-traumatique ou n’ont pas accès aux services de garde d’enfants. C’est un programme gratuit , qui est géré par un groupe de volontaires. 

Créer des Communications Interculturelles 

Cultural Connectors doit son nom au désir de Renia de créer des opportunités de communications interculturelles entre les canadiens et les réfugiés et par conséquent , renverser le déséquilibre du pouvoir qui survient lorsque les canadiens parrainent les réfugiés au Canada. “Quand les gens se portent volontaires, il y a là une opportunité de créer une relation. C’est mieux d’éviter de créer des situations où l’un se retrouve à tout donner et l’autre à tout recevoir. Je veux offrir l’opportunité aux gens d’avoir des dialogues productifs tout en partageant leurs histoires et leurs connaissances, ” insiste Renia. 

Ses cours se focalisent non seulement sur l’apprentissage de l’anglais mais aussi sur le changement de perspectives. “En plus des différents styles d’apprentissage, il y a aussi plusieurs différences souvent inconscientes telles que des attitudes culturelles que ce soit du  côté du nouvel arrivant et de l’instructeur. Une formation sur comment trouver le juste milieu aiderait à établir une bonne relation d’encadrement, “ explique Renia. 

Stimuler le cerveau 

Oubliez les cours typiques d’ASL, Renia utilise des méthodes non conventionnelles pour la formation en langue et travaille avec les sons.  Elle encourage notamment ses élèves à être plus “ confiants “ et “ spontanés “ en utilisant le tempo. Selon elle, l'apprentissage en langue maternelle est le modèle rythmique par excellence. L’anglais ayant 44 phonèmes (des sons distincts) que les canadiens nés au pays parviennent  à distinguer avant même qu’ils ne débutent leur scolarité et qu’on leur enseigne à écrire. Ce n’est pas de cette manière que les cours d’ASL fonctionnent. Par conséquent, la nature non phonétique de l’anglais à l’écrit porte à confusion pour les apprenants adultes.   

“Reprendre les phonèmes à plusieurs reprises avec les étudiants tout en leur faisant regarder mes lèvres et les muscles du visage que je travaille les aide à perdre leurs inhibitions assez vite dès qu’ils commencent à interagir et à imiter. En fait, observer de près le visage de leur mère et répéter les sons qu’elle fait a programmé notre cerveau comme une formation précoce pour notre première langue , ” explique Renia. 

En s’appuyant sur l’apprentissage neurolinguistique, sa méthode permet aux apprenants d’acheminer à nouveau la banque de données de leur mémoire pour faire la place à une  seconde langue. “Ma méthode permet de contourner le blocage que peut constituer le compartiment où est stocké la première langue pour développer  les connexions neuronales et avoir un tout autre compartiment à exploiter. Devenir biculturel ou bilingue consiste à créer un autre compartiment à exploiter “, souligne-t-elle. 

Schémas d’apprentissage d’anglais 

Fort de son expérience en étude de langue, Renia parvient à repérer certains schémas dans les courbes d’apprentissages. “ Quand tu as des élèves dont l’enseignant n’a jamais quitté le pays d’origine pour s'immerger dans une culture anglophone à l’étranger, tu te retrouves à devoir déconstruire tout ce qu’ils pensaient connaître de la langue anglaise. Il te faut aussi prendre en compte s’ils ont appris l’anglais britannique ou l’anglais canadien dans leur pays d’origine. De plus, connaître le système sonore de leur première langue peut aider à appréhender les difficultés qu’ils auront à capter certains motifs sonores et de décider quand travailler sur ceux-là tout en développant leur capacité à parler et à écouter, “ souligne Renia. 

Elle encourage également ses élèves à entraîner leur cerveau à améliorer l’écoute de soi et à prendre conscience de leurs propres schémas. Le parcours d’apprentissage le plus sûr pour eux est d’écouter leurs propres mots et de s’auto-corriger si besoin est dans la vie quotidienne. Les exercices de communication interactives peuvent leur  permettre à faire ça. Être capable de syntoniser les sons distincts dans leur élocutions pendant leurs conversations de tous les jours peut faire une différence considérable au fil du temps et peut même être l’équivalent d’heures de cours concentrés. 

Accueillir les réfugiés 

Cela est d’autant plus important pour les réfugiés qui sont venus au Canada avec une connaissance limitée de la langue et ont du mal à apprendre l’anglais. Grâce à son expérience en éducation adaptée au traumatisme subi, Renia est en mesure de trouver des solutions efficace pour les accommoder. “Pour apprendre une nouvelle langue, tu dois être très dévoué et attentif. Les réfugiés n’ont pas choisi d’être là, ils ont vécu des expériences tout à fait traumatisantes. Et maintenant, ils doivent apprendre une nouvelle langue en sus de devoir s’acclimater à un nouvel environnement, “ dit l’enseignante. 

Elle souligne que la première étape pour les accommoder consiste à reconnaître que les gens qui n’ont pas choisi d’être au Canada vont se montrer réticents à l’apprentissage une nouvelle langue. La solution est de trouver des moyens pour créer une expérience d’apprentissage enrichissante. De ce fait, Renia crée un environnement détendu et agréable qui favorise l’’improvisation. “Tu crées une situation qui diminue les distractions autant que le manque de confiance , et les aide à développer les compétences d’être pleinement présent , “ souligne-t-elle. 

Collaborer avec une chorale 

Compte tenu que sa formation linguistique repose sur le système sonore, Renia a décidé d’aller plus loin en incorporant la formation musicale de Georgette Fry une musicienne autodidacte et aussi la directrice  de Shout Sister Choir. Renia est d’avis que leur répertoire de plus de 150 chansons est une bonne source pour l’usage du langage familier, la composition rythmique, en plus de donner un aperçu de la culture populaire. “ Il y a une chanson qui convient parfaitement à ce projet et ça s’appelle The River Knows Your name, de John Hiatt. Les mots évoquent le paysage, l’identité, la perte, et le flux inépuisable de vie. Cela  a une forte résonance avec les personne déplacées , “ Soutient Renia. 

La Shout Sister Choir a généreusement offert une adhésion-cadeau aux femmes réfugiées qui ne peuvent pas se permettre de payer les frais pour les séances mais sont prêtes à faire partie d’un groupe de soutien social et émotionnel qui chante l’amour et la compréhension. Certains des membres se sont même portés volontaires pour le Cultural Connectors Project. 

Des cours d’ASL avant l’arrivée 

Renia travaille actuellement avec des collaborateurs  pour mettre en place des ressources de formation en ligne en format vidéos à cause de la demande croissante pour des cours d’ASL personnalisés et de la nécessité pour des cours à la maison. 

“ Je veux donner aux gens qui en ont besoin un outil efficace : des compétences en communication. Les réfugiés qui arrivent au Canada avec une base d’anglais canadien ont des meilleurs chances de réussir leur établissement. À travers le langage nous créons notre réalité. Ceux qui sont habiles en communication font de bons voisins et de bons leaders de communauté, “ souligne Renia.

Elle espère séduire des formateurs volontaires et des apprenants au Canada et à travers le monde et par la même occasion démontrer à travers ces vidéos à quel point son approche est simple et efficace. Des discussions sont en cours avec une organisation humanitaire internationale qui serait intéressée d’utiliser sa formation en ligne dans le cadre de leur programme d’aide à l’éducation pour les réfugiés syriens qui sont dans les camps.